vendredi 6 mai 2016

Rendez-vous aux Jardins : recyclage et jardinage


 L'été dernier nous nous sommes beaucoup laissées emporter par le programme des « Rendez-vous aux jardins » (http://rendezvousauxjardins.culturecommunication.gouv.fr/) et nous avons essayé de visiter le plus de jardins possible dans notre région. Dans la brochure officielle du programme 2015 il y avait un jardin avec une description pleine de promesses. Au début j'étais un peu sceptique : comment peut-on créer sur un terrain de mille mètres carrés tant de petits mondes incroyables et originaux ? Mais comme le jardin se trouvait juste à coté de chez nous, pour satisfaire notre curiosité et passer un moment avec nos amis par la même occasion, nous avons décidé d'y aller.


Le Jardin de Badoris à Fléac en Charente


 Et cette visite du Jardin de Badoris (à Fléac en Charente, 16) m'a encore une fois confortée dans l'idée qu'il ne faut  jamais juger quelque chose sans l'avoir vu d'abord. Ses milles mètres carrés paraissaient sans fin et se sont transformés en un véritable petit voyage. À coté des plantes poussaient les objets les plus inattendus tels que de minuscules nids d'oiseaux jusqu'au grilles de portail recyclées et autres sculptures en métal. Mais le plus impressionnant était qu'on puisse se promener en plein-air dans la galerie des œuvres du maître du jardin et de l'artiste-récupérateur de métal : Gérard Fornel. Ici j'ai compris qu'il ne faut jamais rien jeter. Ça pourrait toujours servir un jour ou l'autre dans le jardin !


 
 Nous avons attentivement parcouru et observé ces fameux milles mètres carrés pendant presque deux heures et puis, sans vouloir être trop effrontées, nous n'avons pu résister à l'envie de nous inviter encore une fois chez ces gens vraiment hospitaliers et passionnés par les plantes et le recyclage. Notre prochaine rencontre n'a pu avoir lieu qu'en hiver, presque six mois plus tard. Donc les photos seront mélangées et vont faire alterner entre le charme de l'été et la fraîcheur de l'hiver. Et en plus, à cette occasion, on a pu discuter davantage avec l'artiste lui-même. Dans cette petite interview, Gérard Fornel va nous parler de sa passion, du jardin et de sa vision de l'art-recyclage, une tendance très à la mode ces dernières années.


 Monsieur Fornel, pourquoi avez-vous décidé de faire cohabiter autant d'objets dans le jardin au lieu de vous contenter de la forme traditionnelle du jardin telle qu'on le connaît ?
 Parce que parfois une plante est plus jolie quand il y a quelque chose à coté ! Et dans le jardin il n'y a pas de limites. Les grilles que j'ai récupéré, les morceaux de fer tordus...  Le jardin m'inspire beaucoup pour mes œuvres. Et je trouve que mes libellules, mes escargots mettent en valeur l'espace. Il ne faut pas que ça soit trop uniforme. La plupart des gens ont des allées de buis de 200 mètres. C'est joli. Mais c'est du buis, vous avancez encore et c'est toujours du buis. Il faut alterner avec quelque chose qui attire le regard. Par exemple vous allez voir un parc avec du gazon anglais. Ça va 5 minutes et déjà vous n'avez pas le droit de marcher, il ne faut passer que dans les allées. Donc c'est un parc, mais vous êtes bloqué. Ici vous avez un espace jardin avec de petites plantes aromatiques, après vous allez passer au Laurier qui est taillé. Puis il y a des fleurs, et ensuite des choux... C'est un mélange. Vous ne verrez pas deux choses pareilles. Vous voyagez sur 1000 mètres carrés.

 Le recyclage est très à la mode en ce moment. Ça fait longtemps que vous récupérez le métal et créez avec ?

 Depuis que j'ai quatorze ans j'ai toujours été dans le métal. J'ai une formation de chaudronnier soudeur. Mais on fait plusieurs choses pour vivre. J'ai travaillé pendant 35 ans dans la chimie. Et dans la chimie je faisais de la maintenance (l'entretien des machines). Mais j'ai toujours continué de vivre ma passion et je faisais quelque chose pour mes collègues qui partaient à la retraite ou à la demande. Le week-end je travaillais aussi, donc j'ai dit à ma femme que quand je serai à la retraite je vivrai vraiment ma passion. Je suis toujours en train de chercher autre chose. Au début j'ai commencé à créer des libellules, des papillons et des escargots. Les escargots c'est mon grand truc, mon fond de commerce. Ils sont fabriqués à partir de crémones de portes-fenêtres.

 Comment vous trouvez le matériel pour vos créations ?

 Ce n'est pas facile. Aujourd'hui les déchetteries c'est une mine d'or : on y jette n'importe quoi. Mais on n'a plus le droit d'y aller. On n'a pas le droit de fouiller. J'ai un copain qui est artiste ébéniste et qui a plein de trucs, donc il m'appelle quand il a quelque chose pour moi. Je récupère quasiment tout par le bouche-à-oreille. Il y a une entreprise d'espaces verts que je connais bien. Quand ils ont un outil cassé ils m'appellent, ils me le mettent de coté. J'ai plein de contacts. Et puis dans les brocantes des fois on trouve des choses intéressantes. Mais les gens exagèrent un peu.

 Vu comment est rempli votre atelier, vous ne manquez pas d'objets à recycler ?

 Ah non, j'ai un bon stock de vieux sécateurs, j'ai des stocks de bêches, de fourches. Des faux j'en ai peut-être quarante ! Et un jour je ferai quelque chose avec. Par exemple, en ce moment je fais des bateaux et je me sers de la lame de la faux pour faire la voile. Il faut avoir des déclics. En fait, il faut avoir l'idée, sinon ce n'est pas la peine. Je n'ai pas de plan, je crée sans croquis. C'est tout dans la tête. Sur internet il y a beaucoup de gens qui copient. Ils n'inventent rien, ils ne créent rien. Sans internet ils ne peuvent rien faire. Aujourd'hui avec internet tout le monde veut être un artiste. Créer c'est inventer quelque chose, avoir une idée originale.

 Quel est le matériel le plus fou que vous avez récupéré pour vos créations ?

 Par exemple, mon crocodile c'est une ancienne râpe à bois ! Ah il faut le savoir ! C'est de l'acier. Il faut forger ! Le hérisson est fait à base de billes chinoises. Il y a environ 100 trous ! Mais pour faire un trou j'en fais deux cents ! Comme c'est de l'acier il faut que je fasse un avant-trou. Et après je perce le plus gros. Si je comptais le temps passé pour chaque trou ce serait un hérisson en or. Mais c'est ma passion. Le futur cochon va être créé avec un ballon surpresseur. Mes coccinelles sont faites avec d'anciens rivets de chaudière ! Est-ce qu'il y a beaucoup de gens aujourd'hui qui ont vu à quoi ressemblent les rivets d'une ancienne chaudière ?!

 Est-ce que vous prenez des commandes de sculptures en métal ?

 Oui, mais il faut que ça me plaise et que la personne me plaise aussi.

 C'est un rêve pour un artiste de pouvoir se permettre de refuser des commandes !

 Ce n'est pas un rêve c'est un plaisir. Je ne vis pas de ça. Je vis ma passion. Les artistes qui vivent vraiment de leur passion sont une espèce en voie de disparation, parce que les artistes il faut qu'ils vivent. On est tous pareils, on mange tous les jours. Mon rêve c'est pouvoir faire ce que je fais quand je veux et où je veux, j'en demande pas plus. C'est tout.

 Vous voulez dire qu'un artiste ne peut pas vivre uniquement de sa passion ?

 C'est difficile. Surtout aujourd'hui. Parce que ce qu'on vend c'est un plaisir. Un gars qui fait des saucissons ou des andouilles, lui il va les vendre, parce qu'on en mange tous les jours. Alors que l'artiste ce n'est pas pareil.

 Vous croyez que le recyclage c'est une mode ? Ça va durer ?

 Je pense que c'est la mode oui. Aujourd'hui le recyclage c'est tendance. On récupère plein de choses – les vieux sacs de mamie ou les vestes, on les recoud et on fait des dessins. Par exemple, vous faites les brocantes. Qu'est ce qu'il y a à vendre ? Des chaussures et des vêtements ! Il y a dix ans ça n'existait pas. C'était impensable de porter une paire de chaussures qui a été portée par quelqu'un d'autre. Mais bon, peut-être que la qualité des choses a changé aussi...

 Quel rôle joue votre femme dans votre passion pour le recyclage du métal ?

 Ma femme s'occupe du jardin, des plantations, etc. mais il y a des créations qu'elle ne comprend pas, comme le futur cochon par exemple. Autant elle adore les supports pour les plantes et tout, autant elle ne comprend pas que j'ai encore deux ou trois idées de sculptures en métal en tête que je vais créer pour ma collègue. Pour les enfants j'ai un gros réservoir de moto qui va certainement devenir un cochon à quatre pattes ! Il faut qu'il puisse se tenir debout, parce que les enfants vont vouloir monter dessus. Moi j'ai cet esprit, mais tout le monde ne le comprend pas. La plupart des gens va se demander "c'est quoi cette connerie ?".

 Est-ce qu'il vous arrive de jeter quelque chose ?

 C'est très rare. Tout pourrait me servir un jour. Bien-sûr, il y a des trucs qui ne me serviront sûrement jamais, mais je ne veux pas jeter !

 Le Jardin de Badoris à Fléac (Charente) va ouvrir ses portes comme tous les ans dans le cadre de la manifestation "Rendez-vous aux Jardins" les 3, 4 et 5 juin 2016. Le thème de cette année est « Les couleurs du jardin ».  Donc le jardin de Christiane et Gérard Fornel sera encore plus coloré et gai !

Visite gratuite, renseignements au : 05 45 91 00 44.

 Pour ceux qui ne pourront pas venir dans ce jardin recyclé, voici encore plus de photos de ces 1000 mètres carrés surprenants ! Bon voyage !


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